NOTE D'INTENTION

A l’aube de la trentaine, le désir d’enfanter est plus que d’actualité dans ma vie. De plus, depuis quelques années je suis entourée de beaucoup de jeunes mamans. Je me suis donc intéressée de près à leurs expériences de l’accouchement, en maternité pour la plupart, à domicile pour d’autres.

Convaincue que l’accouchement est un processus naturel et que toute femme est capable de donner naissance sans intervention extérieure, je me suis énormément questionnée sur les choix que nous avions en France, notamment en milieu rural, pour l’accouchement physiologique (sans pathologie).

N’étant pas attirée par le milieu hospitalier et partant du fait que je ferai certainement partie des 80% de femmes ayant une grossesse normale, ou dite « à bas risques », je me suis plu à imaginer à quoi pourrait ressembler mon projet de naissance.

La plupart des gens adoptent, à juste titre, la solution de facilité et de sécurité, à moindre coût. Ce chemin, majoritairement emprunté, consiste à être suivi par son gynécologue ou son médecin habituel durant la grossesse, puis d’aller accoucher dans la maternité la plus proche de son lieu de vie, sous péridurale, en étant remboursé à 100% par la sécurité sociale.

Ces aspects logistiques, financiers et techniques résolus, une question reste en suspens : ces parents sont-ils satisfaits de ce qu’on leur propose ? Humainement, émotionnellement et physiquement, comment vivent-ils cette expérience de la naissance ?

En France, 1 femme sur 5 est insatisfaite de l’accompagnement, de la préparation, et de l’écoute que les médecins lui accordent en maternité. De plus, les hôpitaux restent des lieux réservés aux pathologies.

Il est donc légitime de se demander pourquoi la plupart des accouchements à bas risques sont traités comme des pathologies ? N’abusons-nous pas de cet accès à la médicalisation lorsque cela n’est pas nécessaire ? N’existe-il pas d’autres recours que la médecine pour gérer la douleur ? Et n’y a t-il pas des lieux plus humains, plus intimes que l’hôpital pour donner la vie ?

En 2013 10% des françaises auraient aimé accoucher autrement.
Depuis, cette demande est constamment en hausse.


C’est justement sur cette minorité croissante, de parents désireux de bousculer les habitudes, que mon intérêt va se porter.

Comment réussissent-ils à mener leurs projets à bien dans notre pays?

A travers trois couples ordinaires, je vous propose de découvrir l’extraordinaire…


 Tous girondins, Vanina et Corentin, Sarah et Michaël, et Caroline et Tom sont comme vous et moi. Électricien, enseignante, éducateur spécialisé ou esthéticienne, ils ont déjà expérimenté, comme la plupart, la naissance médicalisée à l’hôpital.

Mais, pourtant, aujourd’hui, ils ont un même désir : accoucher autrement.

Si leurs projets de naissance peuvent être considérés comme sortis des sentiers battus, ces parents sont, quant à eux, loin d’être marginaux.

Peut-être sont-ils un peu plus à l’écoute de leur corps que la plupart des gens ? Peut-être sont-ils portés par ce mouvement social qui, depuis quelques années, prône un retour au plus« naturel » ? Peut-être… mais pas seulement.

A travers leurs histoires dans lesquelles chacun peut se reconnaître, ils nous amènent à repenser totalement notre conception de la naissance ! Ils nous racontent avec sensibilité et humour leurs expériences passées, plus ou moins douloureuses, leurs frustrations. Ils nous confient les raisons de leurs choix, leurs émotions, les difficultés qu’ils rencontrent.

Avec eux nous découvrons des espaces destinés à l’accouchement physiologique, plus humains, intimes et chaleureux. Nous les mettons en lumière, tout comme ces « méthodes douces » de préparation à la naissance, et ces outils non pharmacologiques de soulagement de la douleur.

Mais au delà de ces lieux et de ces préparations, une idée essentielle est commune à tous : bénéficier d’un suivi personnalisé avec une sage-femme référente, aussi appelé« accompagnement global à la naissance ».

A travers ces histoires entremêlées, nous découvrons comment chacun de ces systèmes émergents tente de répondre, à sa manière, aux demandes d’accouchement naturel, et si cela répond aux attentes des parents.

Dans ce documentaire, il est beaucoup question de respect ; respect du corps, de l’intime, respect de l’humain, de ses choix ; et je souhaite que cela se ressente visuellement.

Le film se veut à l’image de ses parents, élégants et pudiques, mais aussi drôles et sensibles.

L’esthétique est travaillée de manière intimiste : lumières tamisées, couleurs chaudes, mouvements assez lents, ambiance feutrée.

La musicalité du film est quant à elle au diapason avec la gestation de ces mamans : tantôt douce et tranquille, tantôt forte et intense.
 

Le film est structuré selon quatre temps forts, toujours appuyés de scènes de vie, d’interviews des familles, et de témoignages de professionnels :
- Présentation des familles, aperçu de leurs projets et lieux de naissance : pourquoi ces choix-là?
- Préparation à l’accouchement, découverte des outils dont ils disposent pour gérer la douleur.
- L’accouchement et son dénouement : réussissent-ils à mener leur projet jusqu’au bout ?
- La période post-natale marquée par de nouveaux repères familiaux, retour sur l’accouchement, suivi post-partum avec mise en place de l’allaitement.

Je prévois de venir appuyer chacun de ses moments clés en les débutant par des mini-séquences illustrées. Teintées d’humour, elle viennent ajouter de la poésie et de la légèreté au film.

Le rythme monte crescendo jusqu’à l’arrivée des bébés que nous attendons avec intensité et suspens ; puis il se relâche au moment des séquences d’après-accouchement qui concluent le film.

Une voix off, discrète et posée, vient mettre en valeur ces trois histoires, tout en laissant une grande place aux propos des uns et des autres. Elle interroge le spectateur et renforce le lien entre les entretiens des parents et des professionnels.
En plus de ces familles, sympathiques et attachantes, les sages-femmes sont elles aussi au coeur du film et apportent leur point de vue à la fois humain et médical.
D’autres personnalités, représentatives de l’évolution de la naissance en France, viennent nourrir et compléter la réflexion.

Je m’ entretiendrai notamment avec :
- Marie-France Morel, historienne de la naissance et Présidente de la Société d’Histoire de la Naissance
- Michel Odent, chirurgien-obstétricien précurseur des « salles natures », de l’accouchement dans l’eau et du chant prénatal
- Julie Bonapace, chercheure et formatrice canadienne spécialisée dans le soulagement non pharmacologique de la douleur
- Sylvaine Suire, ancienne sage-femme exerçant en plateau technique, conférencière-gesticulante sur le thème «Accoucher à deux, acoucher heureux».
- un politique (encore non défini : Marisol Tourraine, Ministre de la Santé et du droit des femmes / Muguette Dini, ancienne sénatrice, auteure de la proposition de loi pour l’expérimentation des Maisons de naissance en France / Yannick Favennec, rapporteur du texte sur les maisons de naissance à l’Assemblée Nationale).


 "Changer le monde, c'est d'abord changer la façon de naître", Michel Odent.


Bien sûr, je ne prétends pas changer le monde avec ce documentaire. Mais je souhaite que les gens puissent réfléchir à la manière dont évolue la naissance dans nos pays occidentaux.

Je veux montrer qu’aujourd’hui, il est possible d’accoucher autrement en France ; qu’il existe des alternatives fiables pour la physiologie ; et qu’elles ne sont pas réservées à des marginaux ou des élites.
Il ne s’agit pas d’aller vers une décroissance, mais vers un plus grand respect du corps et de l’humain.

Je vous propose de partir à la rencontre de ces hommes et de ces femmes, parents et professionnels, qui oeuvrent pour que la physiologie reprenne ses droits.

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